jeudi 3 octobre 2002
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Espagne-Algérie
Une alliance contre nature
Ou la réminiscence d'un antimarocanisme séculaire
Dans l'affaire du Sahara, l'Algérie a toujours voulu s'ériger en supplétif zélé et désintéressé du droit et de la légalité internationaux. Pourtant, au-delà des slogans creux et de la phraséologie officielle ; autodétermination, droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et autres principes de façade, la réalité est tout autre et elle procède d'intérêts géopolitiques et géostratégiques, désormais bien évidents pour tous.
Alger cherche de plus en plus ouvertement, à étendre son hégémonie sur toute la sous-région en commençant par le démembrement de l'intégrité territoriale du Maroc. Le masque est définitivement tombé lors de la dernière réunion du Conseil de Sécurité avec la proposition officielle de l'Algérie d'une partition du Sahara marocain.
Dès lors, le leïtmotiv algérien sur la position constante de ce pays en ce qui concerne le Sahara sur les précédents « similaires » de Belize, du Surinam, de Bruneï et du Timor oriental, devient une insulte à l'intelligence et au bon sens de tout observateur.
Pour utiliser une expression triviale, on peut dire que l'Algérie est sortie du bois. Devant le blocage systématique et délibéré de l'Algérie pour toute solution négociée du conflit du Sahara, même le Conseil de Sécurité a été contraint de délaisser la terminologie - désormais désuète - de « partie intéressée », « pays observateur » pour consacrer l'Algérie dans sa résolution n° 1359 du 29 juin 2001 comme partie concernée au même titre que le Maroc et le « Polisario ». Voilà qui a, au moins, le métrite de la clarté.
Pour rester cohérent avec lui-même, l'organe exécutif onusien devrait lors de la prochaine échéance (fin janvier) franchir un pas supplémentaire et intégrer une donne fondamentale : l'affaire du Sahara est un conflit totalement artificiel créé par l'Algérie pour raison d'Etat et qui a pour double objectif, d'une part, d'affaiblir durablement le Maroc et, d'autre part, de servir ses propres intérêts géopolitiques. Pour parvenir à ce double objectif, l'Algérie mise, le cas échéant, sur l'option militaire.
Le Conseil de Sécurité devra aussi prendre conscience que ce conflit peut, à tout moment, embraser l'ensemble de la sous-région et mettre en péril la paix et la sécurité internationales dont elle a, précisément, la charge.
Tous les ingrédients d'un cocktail explosif sont réunis :
L'obstination irresponsable et dépassée de certains Etats à continuer à vouloir imposer un référendum d'autodétermination - sur mesure - au Sahara.
L'intérêt stratégique majeur qu'accorde l'Algérie à ce territoire.
L'arsenal militaire impressionnant - sans aucun rapport avec les besoins de sa défense - que continue à amasser notre voisin de l'Est, à coups de milliards de dollars, etc.
Le surarmement algérien constitue, à terme, une véritable bombe à retardement pour tous les pays de la sous-région, y compris pour l'Espagne. dans une optique prospective, il est permis de penser qu'avec sa nouvelle alliance contre nature avec Alger, Madrid vient, sans le savoir, d'amorcer cette bombe. On verra plus loin comment.
Le Conseil de Sécurité de l'ONU devra enfin tenir compte dans ses délibérations en janvier prochain des seuls et véritables tenants et aboutissants du conflit du Sahara, au-delà de certaines thèses à la fois éculées, fallacieuses, hypocrites et mensongères. A commencer par la dangerosité d'une consultation référendaire.
Un référendum synonyme de guerre
La tenue d'un référendum d'autodétermination au Sahara marocain par l'ONU, ne résoudra vraisemblablement pas la question du Sahara, quel que soit le résultat de cette consultation.
Bien au contraire, il y a de fortes probabilités que le conflit reprenne, cette fois, sous une nouvelle forme, avec des conséquences imprévisibles pour les pays de la région et, partant, pour la paix et la sécurité internationales.
L'ONU aura ainsi abouti exactement au résultat contraire de ce qu'elle recherchait « officiellement » : le règlement pacifique et définitif du conflit. Car à peine la guerre du Sahara terminée, commencera, sous une forme ou une autre, une guerre pour le Sahara, entre le Maroc et l'Algérie par « Polisario » interposé. En effet, si l'issue du scrutin est en faveur du « Polisario » le Maroc ne se retirera pas de son Sahara quel qu'en sera le prix.
En revanche, si le vote est à l'avantage du Maroc, on criera immanquablement à la falsification. Et l'Algérie, par des arguments montés de toutes pièces, poussera l'ONU, notamment l'Assemblée générale, à adopter une résolution refusant de valider les résultats de la consultation. La vérité dans ces cas est une convention. Un nombre. Une contre-vérité devient une vérité, dès lors qu'elle fasse l'objet d'une résolution de l'ONU, adoptée à une large majorité.
Dans les deux cas de figures précités, on peut facilement devenir la suite. Si l'Algérie cherche par tous les moyens à imposer cette consultation référendaire sur la base de sa propre lecture du plan de règlement et des accords de Houston, c'est pour favoriser la création d'un micro Etat au Sahara qui sera placé sous son entière dévotion et qui deviendra par la force des choses une espèce de nouvelle wilaya algérienne. En somme, un satellite pour servir ses propres intérêts.
L'Algérie a des visées bien réelles sur le Sahara marocain
L'implication à fond de l'Algérie - pour raison d'Etat - dans le conflit du Sahara saute aux yeux à travers une stratégie claire dont les différentes étapes ont été minutieusement étudiées. Voici, rapidement déroulées, les différentes étapes en question. Qu'on en juge.
Première étape : La création du « Polisario »
Création de toutes pièces du mouvement séparatiste en 1973 quand le vent de la rétrocession au Maroc des provinces spoliées (Saguia El Hamra et Oued Eddahab) a commencé à souffler. La glorieuse Marche Verte a accéléré le processus.
Après la chasse aux étudiants sahraouis qui fréquentaient les facultés marocaines et leur embrigadement, lesquels devaient constituer par la suite le noyau dur du mouvement séparatiste, Alger entreprit concomitamment, avec la complicité d'une Espagne dépassée par les événements, la déportation sur « son » territoire à Tindouf dans de véritables camps de concentration d'une partie de la population sahraouie.
Le « Polisario » devient alors pour l'Algérie un alibi, un paravent pour exercer des pressions sur le Maroc. L'Algérie la crée, organisé, structuré, armé et financé pour des raisons précises. Le « Polisario » devient une sorte d'investissement qui doit rapporter, le moment venu, des dividendes. La guerre froide aidant, l'Algérie commença alors - non sans un certain succès au départ - une campagne tous azimuts d'intoxication et de désinformation pour essayer de donner une certaine crédibilité à sa nouvelle créature :
Création du mouvement séparatiste en lui conférant une « légitimité internationale ».
Présentation de la cause sahraouie comme un problème de décolonisation.
Une reconnaissance de la « RASD » par plusieurs Etats.
Admission de la « RASD » à l'OUA.
Multiples résolutions de l'Assemblée Générale de l'ONU en faveur du « Polisario » qui transforment pendant un temps cette instance en une chasse gardée pour les séparatistes.
Et fait gravissime, saisine du Conseil de Sécurité qui adopte le plan De Cuellar presque en tous points conforme aux vues de nos ennemis...
Du coup, l'avis de la CIJ sur le Sahara et l'accord tripartite de Madrid, deviennent caducs. Au passage, notre diplomatie ne fut pas à la hauteur de cette partie de bras de fer. Cf mon article : « une thérapie de choc pour la diplomatie marocaine » in « L'Opinion » du mardi 17 septembre 2002, pages 1 et 4.
Cet affrontement sur la scène diplomatique entre le Maroc et l'Agérie a été précédé par un affrontement militaire - plusieurs années durant - entre les deux protagonistes sur le territoire du Sahara. Une véritable guerre imposée au Royaume par son voisin de l'Est.
Deuxième étape : L'Algérie livre une guerre déguisée au Maroc par « Polisario » interposé
Par « Polisario » interposé, l'Algérie déclare, en effet, une sorte de guerre déguisée au Maroc. Elle équipa les colonnes des séparatistes avec l'armement le plus coûteux et le plus performant : batteries de SAM 7,9 et surtout les plus redoutables les SAM 8 et 6 qui peuvent abattre tous types d'avions à toutes altitudes, chars de combats ultra modernes T55 et T72, orgues de Staline, etc.
L'Algérie mit aussi à la disposition du « Polisario » un encadrement militaire algérien adéquat : instructeurs, conseillers, renseignements, stations d'écoutes...
Mieux encore, l'armée algérienne engage des combats décisifs aux côtés du « Polisario » comme à Amgala I et Amgala II où des centaines de militaires algériens furent capturés et faits prisonniers par les FAR. Dans sa grande sagesse Feu Sa Majesté Hassan II n'a jamais voulu exercer son droit de suite comme l'y autorise expressément le droit international. Par la suite, le Sahara fut totalement pacifié avec la construction de la ceinture de sécurité.
Entre temps, le Maroc quitta l'OUA dont il est l'un des membres fondateurs à la suite du hold up juridique, véritable forfait commis par Edem Kodjo (ex-secrétaire général de l'OUA) qui admit, en connivence avec l'Algérie, au mépris de toutes les procédures, la « RASD » au sein de l'organisation panafricaine alors que le Maroc avait pris l'initiative de proposer au sommet de Naïrobi l'organisation d'un référendum au Sahara.
Troisième étape : Après la forfaiture de Kodjo, le Maroc porte l'affaire du Sahara devant l'ONU
L'ONU prit alors la relève de l'OUA en consacrant dans un premier temps toutes les positions de l'Algérie et du « Polisario » sur cette affaire.
L'Algérie cessa alors momentanément de s'investir ostentatoirement dans un dossier qu'elle a considéré, un peu vite, comme déjà gagné. En se retranchant derrière l'ONU, le bon sens voulait qu'elle « se fasse oublier » en tenant des discours ambigus, se réservant pour la prochaine et ultime échéance : celle d'un nouvel affrontement diplomatique inéluctable et, vraisemblablement, militaire avec le Maroc.
Avant l'instauration du cessez-le-feu en 1991 et l'arrivée de la MINURSO au Sahara, l'Algérie s'est contentée pour faire aboutir sa stratégie à pousser le « Polisario » à opérer de temps à autre quelques attaques suicidaires contre les FAR, juste pour entretenir le ronronnement de la machine onusienne... tout en jouant sur la naïveté des organisations internationales pour accréditer la thèse qui consiste à dire qu'elle n'est pas partie prenante au conflit. Mais elle n'a, à aucun moment, renoncé à l'essentiel :
Un sanctuaire inviolable sur « son territoire » pour les séparatistes.
Le refus de toute visite du HCR dans les camps de Tindouf .
La terrible arme de désinformation et d'intoxication que constitue la « Radio du Polisario ».
L'encadrement, l'entretien et les déplacements des séparatistes à l'étranger.
Le travail continu et en profondeur pour consolider « les acquis » grâce à des campagnes permanentes pour sensibiliser davantage aussi bien les gouvernants que l'opinion internationaux :
La mise sous coupe réglée du « Polisario » en plaçant à tous les leviers de commande des pions à l'entière dévotion de l'Algérie, etc.
Malgré ses problèmes intérieurs, l'Algérie a toujours gardé un ½il rivé sur l'affaire du Sahara. D'autant qu'elle a tiré, jusqu'ici, le meilleur du statu-quo :
Désengagement du conflit du Sahara qui pendant un certain temps ne fut plus présenté comme un problème bilatéral maroco-algérien.
Ratification de ses frontières avec le Maroc.
Rétablissement des relations diplomatiques avec Rabat .
Aides économiques marocaines importantes alors qu'elle traversait des situations critiques.
Adhésion - ambiguë - à l'UMA et, demain espère-t-elle, par l'intermédiaire d'une républiquette fantoche placée sous son entière dévotion, l'obtention du débouché tant convoité sur l'Atlantique pour mette en valeur et écouler les fabuleuses richesses que recèle le sous-sol de « son » immense Sahara.
Volonté sous-jacente et objectif ultime inavoué, essayer d'encercler et d'isoler le Maroc en le coupant de l'Afrique noire à l'heure des grandes transahariennes, annihilant ainsi tout rôle géopolitique du Royaume dans le continent, etc.
Mais le masque est tombé avec la bourde de sa proposition officielle de la partition du Sahara. Une bourde qui, pour la première fois, ébranle bien des certitudes et met à mal les calculs d'Alger, sur ce dossier. Qu'à cela ne tienne :
Alger, avec son arsenal militaire impressionnant, menace désormais de transporter le problème sur un autre terrain. Militaire, celui-là. Dans cette affaire du Sahara, l'Algérie a toujours gardé deux fers au feu. A défaut d'obtenir satisfaction par le biais de l'ONU, ce qui semble plus que compromis, Alger mise sur sa deuxième alternative, l'option militaire. Cette option pourra mettre à feu et à sang les deux rives occidentales de la Méditerranée.
Le Maroc et l'Europe du Sud face à la menace militaire algérienne
En effet, tout laisse croire, au vu des efforts gigantesques que l'Algérie déploie en matière d'armement - sans proportion aucune avec sa défense - que ce pays nourrit quelques velléités belliqueuses. Cf. mon article « l'Algérie prépare la guerre » in Maroc-Hebdo n°523 du 6 au 12 septembre 2002 pages 1, 16 et 17.
Je n'irai pas jusqu'à extrapoler ou à échafauder des hypothèses sur les intentions et la volonté - désormais bien établies - de l'Algérie de se doter d'un armement nucléaire. Bien que pour nombre d'experts indépendants, l'Algérie sera, sous peu, vraisemblablement le premier pays arabe et le 2ème pays musulman après le Pakistan à posséder la bombe atomique.
En effet, selon plusieurs sources occidentales concordantes, déjà les experts algériens et chinois travaillent sur la 2ème étape, celle des vecteurs, c'est-à-dire les modifications nécessaires sur certains missiles pour leur permettre d'être équipés d'une charge nucléaire ou chimique. En règle générale, on ne met pas, dans ce domaine, la charrue devant les b½ufs. Sans parler, bien entendu, du moyen le plus facile : le transport par avion.
Le programme nucléaire algérien et la volonté d'Alger de se doter de la bombe atomique est un secret de polichinelle. Toutes les sources concordent pour attester de son existence. Le « Washington Times » dans son édition du 3 juin 2000 affirme dans un article que « le programme militaire algérien se trouve à un stade très avancé et cela suscite l'inquiétude dans plusieurs capitales, à commencer par les pays de l'Europe du Sud. Cet article a donné lieu le 8/6/2000 à un démenti embarrassé et peu convainquant de l'APS.
Pour sa part, la revue américaine spécialisée « Atomic scientists » dans son édition de mai/juin 2001 soulève les mêmes appréhensions.
L'hebdomadaire libanais Al Hawadeth du 15/5/2001 révèle, citant des sources de renseignements espagnols, que l'Algérie disposera au plus tard en 2005 de la bombe atomique. Ironie du sort, les services de renseignements espagnols livrent dans les détails tous les secrets de la bombe algérienne qui se fabrique à Aïn Ouasra à 250 kms au Sud-Est d'Alger, l'un des deux sites nucléaires algériens connus.
Enfin, dans sa livraison du 21 juin 2001, le journal israélien « Haaretz » révèle lui aussi que l'Algérie est su le point de fabriquer l'arme nucléaire. Le journal souligne entre autres révélations que la production énergétique de la centrale électrique que l'Algérie a achetée à la Chine s'évalue à 15 mégawatts et serait capable de produire 3 à 5 kilos de plutonium par an, soit assez pour une bombe nucléaire par an.
« Haaretz » fait part de la découverte près de cette centrale électrique par les inspecteurs de l'Agence de l'énergie nucléaire, alors que les Algériens n'ont pas informé l'ONU, de 3 kilos d'uranium enrichi, de quelques litres d'eau lourde et d'une quantité d'uranium naturel que la Chine a mis à la disposition des autorités algériennes. Le journal israélien citant la revue scientifique « The bulletin of Atomic scientits » note que l'Algérie dispose de toute la structure de base pour la fabrication de la bombe atomique.
Mais le seul arsenal conventionnel de l'Algérie est en soit terrifiant.
Il y a plus de 11 ans, la presse internationale, notamment « Le Point » dans une étude bien documentée, tirait déjà la sonnette d'alarme au sujet des missiles SCUD algériens ; « Le Point » n°972 du 6-12 mai 1991, après avoir rapporté les révélations faites par les services secrets occidentaux, relayés par les journaux britanniques et américains sur le programme nucléaire algérien, écrit : « Mais l'attitude du gouvernement algérien dans un autre secteur de l'armement dit sensible, et notamment ses achats de missiles à moyenne portée SCUD B, et les différents travaux faits pour améliorer leur possibilité de frappe et leur capacité d'emport, rendent ce pays singulièrement suspect ».
Au minimum, l'Algérie dispose de SCUD achetés à l'ex-URSS et à la Corée du Nord, lesquels SCUD sont équipés de charges d'explosifs classiques identiques à ceux que tirait l'Irak sur Israël et l'Arabie Saoudite pendant la guerre du Golfe. Ajouter à cela l'implantation en Algérie de nouvelles industries de guerre pour « l'autosuffisance en matière d'armement ».
L'Algérie, malgré ses efforts pour s'ouvrir à la démocratie et l'adoption du multipartisme, reste foncièrement un régime militariste et hégémoniste par essence, de surcroît mû par une haine viscérale à l'endroit du Maroc.
L'armée algérienne est devenue une véritable machine de guerre avec une panoplie de moyens qui vont de la Kalachnikov au missile balistique SCUD. Le tout, en partie, produit localement, avec le concours principalement de la Russie, de la Chine et de la Corée du Nord.
Avec les révélations sur le programme nucléaire algérien, la menace algérienne prend de nouvelles, de graves et d'imprévisibles proportions. Non seulement pour le seul Maroc mais pour tous les pays situés sur les deux rives occidentales de la Méditerranée.
Que veut l'Algérie ?
Face à cet arsenal conventionnel déjà en soit terrifiant et peut-être prochainement couplé avec un armement nucléaire, deux questions simples viennent tout de suite à l'esprit :
L'Algérie veut-elle se défendre contre qui ?
A la première question la réponse est aisée. L'Algérie pourrait vouloir se défendre contre ses voisins : le Maroc, la Mauritanie, le Mali, le Niger, la Tunisie et la Libye. On conviendra facilement que ni la Tunisie, ni la Mauritanie, ni le Mali, ni le Niger ne peuvent constituer pour elle aucune sorte de menace. Chacun de ces Etats a déjà procédé avec l'Algérie à la ratification et au bornage des frontières communes. Ce sont, de surcroît, des pays pauvres et qui se trouvent, pour la plupart, dans la mouvance d'Alger.
La Libye, pour plusieurs raisons, ne constitue pas, elle aussi, une menace militaire, idéologique ou politique pour l'Algérie. Reste le Maroc. Nation millénaire, respectueuse de la morale et de l'éthique internationales, il est occupé par son propre développement et le bien-être de sa population.
L'Algérie est bien consciente que le Maroc ne l'attaquera jamais le premier. Du reste, Feu Sa Majesté le Roi Hassan II a déjà répondu, sous forme de boutade, à cette question : « on n'a jamais vu une Monarchie menacer une République ». Reste la deuxième question : l'Algérie veut-elle attaquer qui ?
Par sa puissance militaire inconsidérée, l'Algérie poursuit comme objectif, de mon point de vue, de s'imposer comme une super-puissance régionale et africaine et imposer ainsi son diktat notamment au Maroc et, à un degré moindre, à l'Europe par une « force de dissuasion ». Et, le cas échéant, en ce qui concerne le Maroc par un conflit armé où elle pense peut-être être en mesure de l'emporter facilement sur le terrain.
Contre le Maroc comme contre certains pays européens riverains de la Méditerranée : Espagne, France, Italie... elle dispose de deux armes redoutables : les missiles balistiques SCUD et les sous-marins. Après certaines modifications, les SCUD algériens ont à présent une portée d'environ 1000 kms.
Ainsi, l'Espagne, la France, l'Italie, le Portugal... de même que la Tunisie, la Libye, etc. sont tous situés à environ 900 kms des côtes algériennes, donc parfaitement à la portée des SCUD algériens.
Madrid est à 600 ou 700 kms d'Oran, l'Andalousie (Almeria, Murcia...) à seulement 300 ou 400 kms.
Rome est à quelque 500 kms d'Annaba sans parler du reste du Sud de l'Italie qui est véritablement à « portée de canon ».
Marseille et la région Provence - Alpes - Côte d'Azur (PACA) sont à environ 850 kms d'Alger...
Imaginons un seul instant un remake de la psychose des SCUD et des masques à gaz dans ces pays européens...
L'Algérie n'a rien à gagner d'une tension avec l'Europe. Alger mise, plus vraisemblablement, à terme, sur une « force de dissuasion » nucléaire face au vieux continent.
Mais la confrontation avec le Maroc reste fort probable. Il y a un consensus national tacite en Algérie sur les moyens d'accéder à une véritable politique extérieure souveraine. Ce consensus est vrai pour tout l'éventail politique algérien du FLN jusqu'au FIS. L'arsenal militaire algérien a été conçu et placé au service de cette ambition.
Au Maroc, on sait désormais à quoi nous en tenir, sachant de surcroît la politique constante de ranc½urs, d'hypocrisie et d'hostilité qui a toujours été celle de ce pays à notre endroit ? Cette politique marocaine de l'Algérie a toujours été fondée sur le reniement et la trahison :
Que sont devenus les accords signés sous Farhat Abbas entre le Maroc et le GPRA ?
Que sont devenues les promesses de Ben Bella sur le tracé de nos frontières méridionales au lendemain de l'indépendance algérienne ?
Où sont passées les déclarations de Boumedienne « bénissant » les efforts du Maroc pour récupérer ses provinces sahariennes spoliées ?
Où sont passés les engagements répétés de Benjdid ?
Que sont devenus les promesses euphoriques et les signes particuliers d'attention et les v½ux émouvants empreints de fraternité et d'affection déployés ostentatoirement par Bouteflika dans les premiers mois qui suivirent l'intronisation de Sa Majesté Mohammed VI ?
Nombre d'observateurs crurent un moment que le nouveau maître d'Alger allait tourner définitivement la page d'un passé bilatéral plein de contentieux. Surtout que Bouteflika a été, au côté de Boumedienne, la cheville ouvrière de la création du Polisario. Chassez le naturel, il revient au galop...
Après cela, quel crédit peut-on accorder si ce n'est le mépris à la rengaine pleine de cynisme et d'hypocrisie des gouvernants algériens sur l'UMA, la fraternité et le bon voisinage, etc. Le comble fut atteint quand l'Algérie apporta publiquement et officiellement son soutien à l'Espagne dans le différend préfabriqué de l'îlôt Leila. Une honte.
Cette baisse des investissements espagnols intervient au moment où des entreprises ibériques et algériennes se concertent sur la réalisation prochaine de gigantesques projets communs, telles la construction d'un gazoduc sous marin Oran-Almeria qui ne passe pas par le Maroc pour un investissement de 6 milliards de dollars.
Sans oublier la mise en marche d'une interconnexion à travers le détroit de Gibraltar des réseaux électriques des deux pays pour la commercialisation de l'énergie électrique toujours sans transiter par notre pays.
Alger et Madrid vont conclure en octobre prochain un traité d'amitié, de coopération et de bon voisinage, similaire à celui en vigueur entre le Maroc et l'Espagne depuis juillet 1991. A cette fin, Bouteflika se déplacera très prochainement dans la capitale ibère.
Madrid compte aussi bénéficier l'Algérie des lignes de crédit et de la reconversion de sa dette publique en investissements privés, etc. Sans parler de la création de sociétés mixtes de pêche ou d'un partenariat dans de multiples autres domaines.
Au-delà des sautes d'humeur d'Aznar - qu'on espère momentanées - les gouvernants et l'opinion publique espagnols ne doivent pas être dupes. Quelque grand que soit le volume ou la qualité de la coopération espagnole avec l'Algérie, celle-ci reste fondée sur une alliance contre nature. De circonstances.
Son objectif est de gêner le Maroc voisin et de le forcer à être plus malléable sur les dossiers bilatéraux en suspens : présides, Sahara, pêche, immigration, prospection pétrolière, etc.
En toute bonne logique, l'Espagne ne devra pas s'engager trop loin ni dans sa rupture avec le Maroc ni dans son alliance avec l'Algérie. Car le moment venu, l'Espagne paiera inéluctablement le prix fort d'une coopération pour le moins surprenante. Cette coopération ne repose sur aucune base historique, culturelle ou de proximité géographique.
Certes, l'Espagne dépend déjà pour 60 %, de sa consommation du gaz algérien. Mais en se fourvoyant dans cette alliance contre nature avec l'Algérie, Madrid devra savoir aussi que si elle venait d'aventure à changer d'un iota sa nouvelle politique de rapprochement avec Alger, l'effet boomerang serait aussi brutal que dévastateur pour deux raisons :
Le gaz algérien se transformera en une redouble arme. Un gazoduc peut être à tout moment fermé, car le robinet se trouve à la source en Algérie. Une telle situation serait d'autant plus critique que cet ouvrage aura coûté la coquette somme de 6 milliards de dollars américains.
Alger dispose de cette arme pour faire pression indirectement sur Madrid pour qu'un investissement aussi énorme soit rentabilisé. Le précédent du gazoduc Algérie - Maroc - Espagne est très révélateur à ce sujet. Mais la principale arme qui menace, in fine, l'Espagne en cas de rupture de cette alliance contre nature avec l'Algérie reste les missiles balistiques (SCUD) algériens.
Curieusement, les autorités espagnoles viennent, il y a seulement quelques jours, de prendre conscience, probablement sur le conseil et la pression de leurs stratèges militaires, de cette terrible menace. La presse espagnole du 19 septembre 2002 citée par une dépêche MAP du même jour révèle que l'Espagne a mis en service une frégate de la classe F-100 - la première d'un lot de quatre unités - qui est équipée d'un système de combat américain AEGIS et de bouclier anti-missiles (portée 600 kms).
Cet armement est aujourd'hui unique en Europe. Pour lever toute équivoque, les mêmes sources précisent et je cite « ces frégates auront pour mission de faire face à une éventuelle attaque de missiles provenant de l'Afrique du Nord » fin de citation. Sans commentaire.
D'un autre côté, une présence indirecte de l'Algérie au Sahara marocain grâce à un petit Etat croupion, constituera une menace permanente pour les Iles Canaries. Il faudra se remémorer que le mouvement indépendantiste canarien a longtemps été hébergé et soutenu, sur tous les plans, par Alger et qu'il conserve des liens très étroits avec ce pays.
Une présence de l'Algérie au Sahara pourrait, par ailleurs, en cas de désaccord avec Madrid, pousser à l'arrêt probable de toutes activités de pêche dans cette zone. Surtout la puissance militaire algérienne, notamment ses SCUD (env. 1000 kms de portée), menacent à partir de la région d'Oran l'intégrité physique du sol espagnol lui-même à commencer par Madrid, etc.
Tout devra inciter Madrid à plus de lucidité et de perspicacité, au-delà de l'euphorie de la lune de miel actuelle des relations hispano-algériennes, à prendre en compte, avant qu'il ne soit trop tard, le caractère aléatoire, hasardeux et imprévisible de cette coopération avec l'Algérie, bâtie sur le socle d'une somme de frustrations, d'hostilité et ressentiments vis-à-vis du Maroc.
En matière d'hydrocarbures algériens, l'Espagne devra rester un client comme tous les autres Etats européens, sans exclusive. Son intérêt géopolitique et géostratégique réel est sans aucun doute une politique de coopération, de solidarité et de bon voisinage avec le Maroc, une nation millénaire, respectueuse de la morale et de l'éthique internationale dont elle n'est séparée que par 14 kms. Le reste n'est qu'une aventure, probablement, sans lendemain.
Au lieu de cela, Madrid semble favoriser la fuite en avant. Les nouvelles provocations espagnoles constituées par les violations répétées de notre espace aérien et maritime et l'échec de la rencontre de Madrid montrent que l'Espagne n'entend pas, pour le moment, s'engager dans la voie de la raison et du bon sens.
Pourtant, comme c'est l'usage entre Etats voisins, l'Espagne devrait accepter de discuter sans a priori avec le Maroc de tous les sujets en suspens. Mieux encore, et pour montrer sa bonne volonté, prendre une position plus conciliante sur l'affaire du Sahara au Conseil de sécurité dont elle sera membre non permanent à partir de janvier prochain.
Le Maroc espère que l'Algérie pour sa part revienne à de meilleurs sentiments à son endroit. Le Maroc ne demande qu'à vivre en bon terme avec ses voisins. Mais le temps est venu pour l'Algérie et l'Espagne de tourner la longue et peu glorieuse page de leur antimarocanisme viscéral. Au XXIème siècle et à l'heure de la mondialisation, le temps des rivalités, des conquêtes de territoires et autres pratiques d'antan est révolu.
Un sultan marocain dit un jour à sa cour : « Nous avons au Nord un ennemi, l'Espagne, à l'Est un autre ennemi, les Ottomans. Nous n'avons pas de culture maritime (à l'Ouest), notre seul salut est le Sud, notre profondeur stratégique naturelle ».
Plusieurs siècles après, ces paroles restent d'une brûlante actualité. Le seul changement est que les Algériens ont pris, après les Français, la place des Ottomans. En gardant la même hostilité, mais cette fois-ci en connivence avec les Espagnols, pour nous verrouiller le Sud, notre ballon d'oxygène. A cette fin, ils cherchent à amputer le Royaume de son Sahara. Pour nous asphyxier.
Par Moussa Hormat-Allah
chercheur, ancien maître de conférences de l'ENA de Rabat